Les entreprises ne recrutent pas un diplôme. Elles recrutent une solution à un problème.
Le grand malentendu du marché du travail
Pendant vos études, on vous a vendu une équation : Diplôme = Employabilité. C’est logique, c’est rassurant. Sauf que derrière le mur de l’école, le monde professionnel ne fonctionne pas avec une logique académique.
Je me souviens d’un dossier, il y a quelques années. Deux candidats pour un poste de chef de produit dans une PME industrielle.
- Candidat A : Master 2 en marketing stratégique d’une grande école. Stage de fin d’études dans une agence réputée. Parfait sur le papier.
- Candidat B : Licence pro. Il avait fait son alternance dans une boîte de logistique. Sur son CV, il avait juste écrit : “J’ai automatisé le suivi des expéditions qui prenait 5h par semaine à l’équipe.” Ce qui a immédiatement attiré mon attention.
Le Candidat A a parlé de ses cours, de sa méthodologie, des frameworks appris en cours. Le Candidat B a amené un fichier Excel et a dit : “Voilà comment j’ai fait. Aujourd’hui, l’équipe peut se concentrer sur la relation client plutôt que sur la saisie.”
Devinez qui a été embauché ?
Le Candidat B n’avait pas le plus beau diplôme. Mais il était entré dans la pièce avec une solution. Il avait compris que le chef d’entreprise, lui, ne dort pas la nuit à cause des expéditions qui partent en retard.
Le diplôme rassure, la compétence opère
Je ne vais pas vous mentir : le diplôme est un sésame. Il rassure les RH sur votre capacité à suivre un cadre, à tenir dans la durée, à avoir une certaine culture générale. Mais à partir du moment où vous passez l’entretien, il devient presque secondaire.
Ce qui fait la différence, c’est votre capacité à répondre à une question que les recruteurs formulent rarement à voix haute mais qui est la seule qui compte :
“En quoi engager cette personne va me rendre ma vie plus facile ?”
Je vois défiler chaque semaine des CV de jeunes diplômés qui listent leurs matières, leurs notes, leurs stages vus comme des devoirs supplémentaires. Ils écrivent : “Réalisation d’une étude de marché” ou “Participation à la refonte du site web”.
En face, je vois des managers qui ont des équipes débordées, des process qui coincent, des clients qui râlent. Ils cherchent quelqu’un qui pourra dire : “Ce truc qui vous prend du temps, je le prends en charge.” Ou mieux : “J’ai remarqué que vous faisiez encore cette tâche à la main, voici comment je peux l’automatiser.”
Comment inverser la vapeur ?
Si vous êtes dans cette situation (études finies, chômage qui s’installe) ne refaites pas la même chose en espérant un résultat différent. Ne postulez pas “en masse” avec une lettre de motivation générique.
Voici ce que je conseille aux jeunes diplômés que j’accompagne :
1. Passez de la logique “je suis” à la logique “je sais faire pour vous”
Ne dites pas : “Je suis titulaire d’un Master en finance.”
Dites : “Je sais analyser un bilan en 30 minutes et identifier les postes de dépense qui grèvent la trésorerie.”
2. Envoyez des preuves, pas des promesses
Un diplôme, c’est une promesse. Une réalisation concrète, c’est une preuve.
Vous voulez travailler dans la communication ? Arrêtez de dire que vous maîtrisez les réseaux. Montrez le compte Instagram que vous avez fait passer de 200 à 2000 abonnés pour l’association de votre quartier.
Vous visez un poste en gestion de projet ? Apportez un rétroplanning que vous avez construit.
3. Ciblez des problèmes, pas des intitulés de poste
Au lieu de chercher “chargé de marketing”, cherchez des entreprises qui, dans leurs offres ou leurs actualités, disent : “Nous avons du mal à développer notre présence à l’international” ou “Nous cherchons à digitaliser notre service client”.
Votre candidature deviendra alors une réponse sur mesure.
4. Valorisez les compétences “utilitaires”
Votre mémoire de fin d’études sur la philosophie de l’intendance ? C’est bien. Mais si vous avez organisé un événement qui a réuni 200 personnes avec un budget de 300 euros, ça, c’est de la gestion de projet, de la négociation fournisseur et de la gestion de crise en temps réel.
Pour finir ...
Je comprends votre frustration. Vous avez fait ce qu’on vous a demandé. Vous avez eu le diplôme. Et pourtant, le marché ne vous fait pas de cadeau.
Mais si je peux me permettre un conseil :
arrêtez d’attendre que le marché reconnaisse votre diplôme. Montrez-lui plutôt ce que vous savez faire de vos mains (et de votre tête).
Les entreprises sont des machines à résoudre des problèmes. Devenez une solution vivante, et soudain, vous ne serez plus un “jeune diplômé” parmi des milliers d’autres. Vous serez “la personne qui a résolu ce problème”.
Alors, la prochaine fois que vous postulez, ne vendez pas votre diplôme. Vendez votre capacité à faire tourner la boutique plus vite, mieux, ou plus simplement.
Vous verrez, tout change à partir de là.
Mon conseil d'expert : Refaites votre CV aujourd'hui
Prenez votre CV actuel. Regardez la section "Formation". C’est bien, mais ce n’est pas là que se joue le match.
Allez dans la section "Compétences" ou "Expériences" (même s'il s'agit de stages ou de projets personnels) et posez-vous cette question pour chaque ligne : "Quel problème ce savoir-faire permet-il de résoudre ?